Champlain et son environnement religieux.

par
Pierre Dubeau
à
l’occasion du 380e anniversaire
de son décès,
le 25 décembre 1635
Association pour la recherche du site
de la chapelle Champlain
http://www.tombeaudechamplain.com
Juin 2015

 

Introduction
Samuel de Champlain est bien connu comme géographe, navigateur,
explorateur, ethnographe et diplomate. Cependant nous connaissons
un peu moins ses convictions religieuses et les religieux qui l’ont
entouré étroitement tout au long de sa vie. Le ministre des finances
sous Henri IV, Sully, ne veut pas investir de l’argent du trésor public.
Le développement et l’exploration de la Nouvelle-France devra
s’autofinancer via le commerce des fourrures, un PPP avant l’heure,
c’est à dire un partenariat initié par les instances publiques, mais une
prise en charge sur le terrain par le privé. Pour pallier à ce sous financement,
on fera appel aux communautés religieuses qui, de fait,
seront considérées comme des agents de l’État français. Elles seront
très actives dans la recherche de renseignements sur la vie des
autochtones ainsi que sur leur conversion.

A la mort d’Henri IV, un vent missionnaire et mystique s’affirme de plus en plus et il est initié par les  proches de la cour, notamment la très catholique reine Marie de
Médicis et plus tard par Henri de Lévis, duc de Ventadour. Champlain,
son lieutenant, devient à la fin de sa vie un véritable dévot, ce qui
l’éloigne du cardinal de Richelieu. Il lègue par testament quelques
biens à l’église Notre-Dame de-Recouvrance. Son successeur, le
gouverneur Montmagny, lui érige une chapelle funéraire pour honorer
sa mémoire. Un jésuite et un des ses amis ont été enterrés avec lui en
cette chapelle dont on ignore toujours la localisation. Ce texte est une
invitation à en savoir plus sur ce Samuel de Champlain toujours
méconnu.

L’acte de baptême trouvé à La Rochellechapeleau
Source : Archives départementales de la Charente-Maritime.

 » Le vendredy treziesme jour daoust mil cinq centz soyxante et
quatorze a esté baptizé Samuel filz de Anthoynne Chapeleau et de
Marguerite le Roy parain Estienne Paris et marainne Marye Rousseau « 

Selon l’historien Éric Thierry, la polémique entourant l’acte de baptême  de Samuel Chapeleau découle d’une transaction d’Antoine Chappelain, pilote de Brouage, datée du 23 décembre 1573. Ce Chappelain n’est pas avec certitude le père de Samuel de Champlain. M. Jean-Michel Germe, qui a découvert cet acte, prétend le contraire et affirme que
Chapeleau est bien l’équivalent de Chappelain. Selon Eric Thierry, le père de Champlain possédait déjà la particule et serait possiblement un bâtard d’un noble de la région de Saint-Pierre-des-Landes en Mayenne, Jean de la Saugère, Seigneur de Champlain. Cette hypothèse n’est cependant pas appuyée par des documents d’archives, et pour cause. Le père de Champlain était pilote de navire pour le commerce des toiles de chanvre de la région de Vitré en Bretagne, vers l’Andalousie. Dans la ville de Sancular de Barrameda près de Cadix, on retrouve la Calle de los Bretones, dans le quartier Breton. C’est possiblement lors d’une escale à Brouage, qu’il aurait rencontré son épouse Marguerite Le Roy.

pierrelandes

Localisation de Saint-Pierre-des-Landes en Mayenne, France.

 

cassini-2

Carte de la région de la Mayenne par Cassini (détail) , près de Saint-Pierre-des-
Landes, un lieu nommé, Champelain.

D’ailleurs, dans son contrat de mariage, on mentionne ce fief de Mayenne, en ces termes:

« Noble homme Samuel de Champlain, sieur du dit lieu, capitaine ordinaire de la marine, demeurant à la ville de Brouage, pays de Saintonge, fils de feu Antoine de Champlain, vivant capitaine de  la marine et Dame Marguerite Leroy… le dit Champlain étant à présent en cette ville de Paris ».

Déjà en 1896, Benjamin Sulte s’intéressait aux origines de Champlain. Il mentionne:

« Reste l’expression: « sieur du dit lieu », sieur voulant dire seigneur. Alors: « seigneur du dit lieu appelé Champlain? C’est en ce sens qu’il lire le passage en question ».

source:  Sulte, Benjamin, « Champlain », Bulletin des recherches historiques: archéologie, histoire, biographie,bibliographie, etc. » Lévis, P. Roy, novembre 1896, p. 166-167 

source de la carte: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77117685/f1.item.zoom

 

 

 

fiefdechamplainst-pierre-des-landes
Terre de la famille Champlain près de Saint-Pierre-des-Landes en
Mayenne. Source Google earth et Eric Thierry.

 

 

grangerie
Source : Photo d’Éric Thierry
Pour conclure, signalons que cet acte n’est pas avec certitude absolue
relié à Samuel de Champlain, car l’étymologie du nom Champlain
représente un nom de terre (campus planus) , quant à Chapeleau, c’est
tout autre chose, un terme relatif aux chapeaux.

De plus la date de 1574 demeure incertaine car Champlain entre dans l’armée du Roi comme fourrier à 14 ans en 1594 et non à 20 ans. En 1603, il est embarqué comme observateur et il aurait 23 ans et non 29 ans.

 

La jeunesse de Champlain.

 

guerresreligion

La ville de Brouage en Saintonge, terre natale huguenote de Champlain
est passée au catholicisme vers 1577 selon Éric Thierry. Champlain, à
l’exemple de son roi, se convertit très jeune au catholicisme. Il
s’engage dans l’armée du roi, comme fourrier, pour combattre la Ligue
qui contrôle toujours la Bretagne. Il s’initie alors à la cartographie peutêtre
avec Ralph Tresewell à Paimpol en 1594 et a aidé Jean Hardy,
maréchal des logis de l’armée du roi, à dresser la carte du Duché de
Bretagne. (source : Éric Thierry).

Suite au traité de Vervins, le 2 mai 1598, qui met fin aux hostilités entre l’Espagne et la France, le bateau de son oncle provençal, Guillaume Allène, est réquisitionné et il rapatrie le 23 août 1598, des troupes espagnoles du port français de  Blavet vers l’Andalousie. Par la suite, Champlain séjournera trois mois à Sancular de Barrameda, près de Cadix, dans le quartier breton pour y apprendre l’espagnol et se préparer à voyager vers les Indes occidentales. Il devient de fait espion en Amérique pour le compte du Roi Henri IV et sous le nom d’ Antonio Samuele (Achille Joyal, site internet:
https://www.briefdiscourschamplaincom3.com/deux-archives-d-espagne-qui-citent-champlain  ).

antonioSamuele

L’Édit de Nantes et la Nouvelle-France

 

editdenantes
Suite aux guerres de religion, le roi de France, Henri IV se convertit au
catholicisme, mais il signe, le 30 avril 1598, un édit de tolérance pour
permettre aux huguenots de pratiquer la religion prétendue réformée
en toute liberté. Cette réconciliation permettra à tous les Français de
vivre conformément à leur religion. Cette liberté de religion permet
ainsi aux marchands de faire du commerce en Nouvelle-France, et ils
sont nombreux à venir tenter l’expérience outre-mer. Cependant la
coexistence des deux religions crée parfois des tensions.

Champlain dans son dernier ouvrage, mentionne pour l’année 1606 :
« J’ai vu le ministre et notre curé s’entrebattre à coup de poing, sur le
différend de la religion. Je ne sais pas qui était le plus vaillant et qui
donnait le meilleur coup, mais je sais très bien que le ministre se
plaignait quelquefois au Sieur de Mons d’avoir été battu, et ils vidaient
de cette façon les points de controverse… Ces insolences étaient
véritablement un moyen pour rendre l’infidèle encore plus endurci en
son infidélité ». (Eric Thierry, Au secours de l’Amérique française, p. 83 )
Cependant, à la mort du roi en 1610, on assiste à une remontée du
catholicisme dans les hautes sphères du pouvoir, notamment la très
catholique Marie de Médicis. Champlain a eu un différend avec le Duc
de Ventadour qui préconisait l’exclusion des protestants en Nouvelle11
France (Hackett-Fischer, 2008, p 716). Et à partir de 1627, le cardinal
de Richelieu restreint la venue de colons huguenots en Nouvelle-
France.
Quelques huguenots venus en Nouvelle-France
Guillaume de Caën, protestant, directeur de la Compagnie de
Montmorency, dite aussi la compagnie de Caën. Son oncle, Ézéchiel
ainsi que son cousin, Emery de Caën sont catholiques. En janvier 1626,
la Compagnie de Caën est tenue de nommer deux capitaines
catholiques pour sa flotte, dont un serait désigné pour conduire les
vaisseaux ; Guillaume de Caën, toujours titulaire du monopole, n’avait
plus le droit de se rendre en personne en Nouvelle-France.
Eustache Boullé, beau-frère de Champlain
Arrive en 1618 et repart en 1624. Revient en 1626, il passa en Italie
après la reddition de Québec et se fit religieux de l’ordres des Minimes
Jean-François de la Rocque de Roberval, chef de l’expédition française
dans la vallée du St-Laurent en 1541-1543
Michel, Jacques, Pilote les frères Kirke lors de la prise de Québec
Perron, Daniel dit Suire. Marchand puis habitant, renié par son père
suite à son abjuration
Martin, Abraham (dit « l’Écossais » ou « Maître Abraham »), pilote, né
en France en 1589, mort à Québec le 8 septembre 1664
Quant aux filles du roi huguenotes, Il y a d’abord selon Irène Belleau,
celles originaires de La Rochelle et de l’île de Ré : Françoise Ancelin, la
veuve Marguerite Ardion, Catherine Barré, Elizabeth Doucinet, Anne
Javelot, Marie Léonard, Anne Lépine, Barbe Ménard, Marie Targer, Marie
Valade. Il y eut de Rouen en Normandie, Catherine Basset, Marie
Deshayes, Marie Huet, Marthe Quitel; de la Saintonge, Isabelle
Dubreuil; du Languedoc, Madeleine Delaunay et, de Paris, Barbe
Roteau et Madeleine Tisserand. (Source: Monique Picard et Mme Bello,
SFR)
Pierre Chauvin de Tonnetuit, fondateur de l’habitation de Tadoussac en
1600
Dugua de Mons, fondateur de Port-Royal en Acadie en 1605 et financier
de Champlain

Le 2 avril 1660, Isaac Bédard, charpentier, et son épouse abjurent la
religion protestante à La Rochelle. Quelques semaines plus tard, Isaac
Bédard, sa femme et leurs deux enfants émigrent en Nouvelle-France
vers 1664
Gédéon De Catalogne vint au Canada en 1683 sous le nom de guerre
de La Liberté comme soldat et arpenteur dans les troupes de la Marine.
Avec l’arrivée de Mgr de Laval, on assiste à plusieurs abjurations de la
religion prétendue réformée.
L’abjuration

 

abjurationsourceperron
source : Guy Perron https://lebloguedeguyperron.wordpress.com

Source : Archives de l’Archidiocèse de Québec. Cote : 66CD,
Abjurations, vol. A., p. 5.
Champlain et les récollets

recollets
Source : Gauthier-Larouche, Georges, L’Eglise pionnière de Québec: Origines et
fondateurs (1615-1664), Québec, Septentrion, 2014, p. 165
Lorsque le roi Henri IV de France est assassiné en mai 1610, une
véritable tempête éclate contre les jésuites. Selon Eric Thierry, les
écrits du jésuite Juan de Mariana ( 1536- 1624) sur le tyrannicide ont
influencé Ravaillac. Le meurtre d’Henri IV a mis les jésuites dans une
situation embarrassante. Cela explique pourquoi Champlain a préféré
faire venir à Québec d’abord des récollets. De plus, Eric Thierry
mentionne que Champlain a voulu l’envoi de missionnaires récollets au

Canada en 1615 parce qu’il connaissait l’arrivée en Espagne de la
retentissante ambassade japonaise menée par le samouraï Hasekura
et le franciscain Sotelo pour rencontrer le pape Paul V à Rome.
En 1610, la régente Marie de Médicis se rapproche de Sa Majesté très
catholique, le roi d’Espagne, Philippe III. Le développement de la
Nouvelle-France s’orientera désormais vers l’évangélisation des
peuples autochtones.
D’autre part, « suite au décès d’Henri IV, le monopole de la traite des fourrures, dont
bénéficie la compagnie du Canada créée par Champlain, est menacée
par des Rochelais et des Malouins. Champlain a besoin d’appuis à la
Cour. Louis Houël (*) lui conseille de faire appel au parti récollet qui est
très influent auprès de la régente Marie de Médicis. Le Père Le Caron a
les faveurs de celle-ci. Son père avait été valet de chambre d’Henri IV. »
(Eric Thierry)
Louis Houël, ami de Champlain lui présente le père Du Verger,
supérieur des couvents des récollets de Saintonge. Ainsi,
« Deux récollets de Brouage, accompagnés de Champlain et de Louis
Houël, se rendirent à Paris en 1614, chez le nonce papal Roberto
Ubaldini, pour se procurer l’approbation de leur départ, mais celui-ci
leur avoue qu’il n’a pas cette compétence et que c’est au général de
leur ordre de donner cette permission. Les deux religieux retournèrent
bredouilles à leur couvent de Brouage. » (Gauthier-Larouche, 2014, p.
18)
La démarche aura plus de succès via le père Jacques Garnier,
provincial de la province de Saint-Denis à Paris, un proche du prince
Henri de Bourbon, prince de Condé et de l’archevêque de Rouen.
(Gauthier-Larouche, 2014, p. 18) En 1615, Champlain arrive finalement
à Québec accompagné de quatre récollets: Denis Jamet, supérieur,
Jean Dolbeau, Joseph Le Caron, et Pacifique Duplessis.
Ainsi, dans ses écrits de 1619, pour l’année 1615, Champlain explique
ses motivations :

« II est à propos de dire qu’ayant reconnu aux voyages précédents qu’il
y avait en quelques endroits des peuples arrêtés et amateurs de
labourage, n’ayant ni foi ni loi, vivant sans Dieu et sans religion
comme bêtes brutes, lors je jugeai à part moi que ce serait faire une
grande faute si je ne m’employais à leur préparer quelque moyen pour
les faire venir à la connaissance de Dieu. Et pour y parvenir, je me suis
efforcé de rechercher quelques bons religieux qui eussent le zèle et
affection à la gloire de Dieu. »
« Champlain a compris que les missionnaires récollets et jésuites sont
des alliés potentiels et dans toute l’histoire de la nouvelle-France, ils
sont considérés comme des agents de l’État ». (Denis Vaugeois, Le
Rêve de Champlain sur TFO.)

Le 24 juin 1615, le père Joseph Le Caron, en compagnie de Samuel de
Champlain, s’arrête aux rapides de la rivière des Prairies et emprunte
le chemin de portage des Amérindiens. Il y célèbre la première messe
sur l’île de Montréal. En 1625, le récollet Nicolas Viel, un missionnaire
français, et son compagnon Ahuntsic, un jeune français vivant à
l’amérindienne, se noient dans les rapides. Ce lieu est désormais
nommé Sault-au-Récollet.
« Gabriel Sagard a plagié Champlain et n’a laissé à son sujet que
quelques rares (mais bienveillantes) remarques, en plus de quelques
renseignements précis. En résumé, il a approfondi la description que
Champlain nous a laissée en Huronie et loué le caractère du
gouverneur ». (Hackett-Fischer, 2008, p. 620)

(*) Le dévot, Louis Houël, sieur du Petit-Pré, secrétaire du roi et
contrôleur général des salines de Brouage.

Les jésuites en Nouvelle-France

 

 

 

bustebrebeuf
Buste de Père Jean de Brébeuf
Source : La Fiducie du patrimoine culturel des Augustines.
http://www.augustines.ca/fr
Les récollets avaient un statut d’ordre mendiant et ne pouvaient donc
pas s’aventurer dans les affaires commerciales afin d’assurer la
subsistance autonome de leur mission dans la colonie. Ils invitèrent
donc les jésuites à se joindre à leur travail d’évangélisation. Mais

l’initiative véritable d’amener des jésuites en Nouvelle-France, viendra
des hauts lieux du pouvoir.
Les Jésuites en Acadie avec Charles de Biencourt

Les pères Jésuites de France avaient une alliée puissante à la cour dans
la personne d’Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, femme de
Charles du Plessis, duc de Liancourt et gouverneur de Paris, elle-même
première dame d’honneur de la reine. Cette noble dame profondément
religieuse appuyait pleinement le désir qu’avaient les Jésuites de
fonder des missions en Amérique. Charles de Biencourt, fils de Jean de Biencourt de Poutrincourt, viceamiral des mers de la Nouvelle-France, amena le 22 mai 1611, les
pères jésuites Pierre Biard et Énemond Massé à Port-Royal en Acadie .
Les armateurs calvinistes, Du Jardin et Du Quesne, qui entourent
Charles de Biencourt, ne sont pas heureux de la présence des Jésuites
et de leur autonomie financière et administrative. Finalement les
jésuites ont été chassés d’Acadie par les Anglais Samuel Argall, chef
d’éxpédition, et Guillaume Turmel en 1613. L’Acadie sera aux mains
des Anglais entre 1629 et 1632 sur un territoire appelé Nouvelle-
Ecosse. L’Acadie et Québec reviennent à la France en 1632 par le traité
de Saint-Germain-en-Laye.

La réforme catholique et la Compagnie du Saint-Sacrement et
l’arrivée des jésuites à Québec

Selon Eric Thierry, c’est notamment le Père Noyrot, jésuite et directeur
de conscience du duc de Ventadour, qui a convaincu celui-ci d’envoyer
des jésuites à Québec en 1625. Mais qui est donc ce Duc de
Ventadour? Après avoir été soldat, Henri de Lévis, duc de Ventadour
entre dans les ordres et, en 1625, il achète à son oncle, le duc Henri II
de Montmorency, la vice-royauté de la Nouvelle-France, dans le but de
financer des missions jésuites. Il est également l’un des fondateurs de
la Compagnie du Saint-Sacrement (le parti des dévots), en 1627.
Champlain était incidemment son lieutenant en Nouvelle-France de ce
vice-roi à partir de 1625 et ils partagent la même vision.

La Compagnie du Saint-Sacrement favorisera plus tard la fondation
mystique de Ville-Marie, par son appuie à la Société de Notre-Dame de
Montréal. Pierre Chevrier, Jean-Jacques Olier et Jérôme de Le Royer de
La Dauversière appartenaient également à la Compagnie du Saint-
Sacrement. D’autre part, François Pallu et Pierre Lambert de la Motte,
membres de la Société du Saint-Sacrement, sont également,
fondateurs des Missions étrangères de Paris. Finalement, Monseigneur
de Laval avait dès 1674 rattaché son oeuvre au Séminaire des Missions
étrangères de Paris, voulant favoriser la venue de prêtres pour
travailler dans les coins les plus reculés de l’Amérique française.
En 1625, l’arrivée des Jésuites à Québec coïncide avec la controverse
touchant le Père Coton, le confesseur jésuite d’Henri IV. Un pamphlet
anti-Coton circule toujours et même jusqu’à Québec et on fait courir la
rumeur que les jésuites seraient coupables du tyrannicide du roi Henri IV.
(Hackett-Fischer, 2008, p. 439) Les récollets aident à dénouer la crise
et hébergent les jésuites dans leur couvent. (Gauthier Larouche, 2014,
p. 44)
Le père Coton, supérieur des Jésuites désigne cinq religieux pour la
mission de Québec : Les pères Charles Lalemant, chef de la mission,
Enemond Massé, Jean de Brébeuf, ainsi que les frères François Charton
et Gilbert Buret. (Gauthier-Larouche, 2014, p. 43)
À Québec, les jésuites érigent en 1626 leur première résidence le long
de la rivière Saint-Charles, à l’embouchure de la rivière Lairet, une
résidence que l’on appelle communément Le fort de Jacques-Cartier.

Lecture complémentaire: http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34139558k

Les jésuites et Champlain par le biographe Hackett-Fischer
« Les jésuites mentionnent souvent Champlain de son vivant, et bien
des années après sa mort aussi. Les témoignages les plus complets
sur ce point nous viennent du père Paul Lejeune, le supérieur de la
mission jésuite à l’époque où Champlain était gouverneur. On ne serait
être plus élogieux que lui. Lejeune décrit les réalisations de Champlain
dans toute leur ampleur, ses rapports fructueux avec les Indiens, son
dévouement à la Nouvelle-France, son indifférence à son propre
avancement, son altruisme à l’égard des colons et le crédit élevé dont
il jouissait auprès d’eux. Surtout les jésuites ont vanté la foi et la piété
de Champlain. Ils ont dépeint également un chef de grand talent. »
(David Hackett-Fischer, 2008, p. 618)

Champlain, le dévot

 

Les laics comme Champlain sont fortement influencés par le parti des dévots, issue de la Réforme catholique. Dominique Deslandres explique:

 » Ce concours croissant des laics au projet convertisseur canadien s’explique sans doute par l’émergence en France, puis le renforcement, vers 1610-1620, du lobby des dévots »

Source:  Deslandres, Dominique. Samuel de Champlain et la religion, in Vaugeois, Denis et Raymonde Litalien (Dir.) Champlain: La naissance de l’Amérique française, Septentrion, 2004, p. 203

« Champlain est devenu lui-même un dévot. La fréquentation des
missionnaires récollets et jésuites à Québec a fini par le convaincre
que l’avenir de la Nouvelle-France passe obligatoirement par la
christianisation des indigènes. Elle lui a aussi permis d’engager sa
conversion en parfait catholique. Son épouse, Hélène Boullé, a
également joué un rôle déterminant dans son évolution. Il l’avait
incitée à abjurer le protestantisme en 1612 et lui avait donné des
« maîtres » pour qu’elle cultive « la modestie, la piété et même la
pénitence ». Les résultats ont vite dépassé ses espérances. Après avoir
accompagné son mari à Québec de 1620 à 1624 pour oeuvrer à la
conversion des Amérindiens, elle a mené une « vie dévote » à Paris, se
tenant recluse pendant l’absence de Champlain de 1626 à 1630. A
son retour, elle lui fait part de sa volonté de devenir religieuse
ursuline. » (Eric Thierry, Au secours de l’Amérique française,
Septentrion, p. 25-26) .

Notre-Dame de Recouvrance

Pendant l’occupation anglaise par les frères Kirke, de 1629 à 1632,
Champlain promet en 1630 de faire bâtir une chapelle « si on recouvrait
le pays ».

 

voeuxchamplain1630
source : Église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Brouage, photo de Michelle
Lallement, Marennes, France.

notre-damerecouvrancecatalogue
Source: Catalogue des bienfaiteurs de Notre-Dame-de-Recouvrance-de-
Québec . – 5 juillet 1632-1657
Dès son retour à Québec, Champlain ordonne la construction d’une
chapelle en bois. En 1635, son corps y a peut-être reposé avant d’être
déplacé vers une autre chapelle nommée « Chapelle de Champlain »,
construite en 1636. En 1640 un incendie détruit les deux chapelles et
le presbytère.

Cette chapelle Notre-Dame de Recouvrance serait localisée dans la
réserve d’Ailleboust indiquée en bleu, car une lettre de Mme
D’Ailleboust à Mgr de Laval datée de 1661, nous informe que la
maison des Jésuites était située au sud de la rue de Buade avant le feu
de 1640. Il est raisonnable de penser que si le presbytère y était, la
chapelle y était également. Ce serait les vestiges trouvés par Sylvio
Dumas en 1958. Une plaque de Bronze indique incidemment cette
chapelle au 15 de la rue de Buade à Québec.

Le testament de Champlain
Texte de Pierre- Georges Roy
Québec sous le régime français, Volume premier, Québec, Service des
Archives du gouvernement de la Province de Québec, 1930, p. 131.
« Dans les premiers jours de décembre 1635, Champlain se sentant
mortellement atteint, se décida à faire son testament.
On suivait alors à Québec la Coutume de Paris, en autant qu’elle
pouvait être observée dans un pays aussi éloigné.
La Coutume de Paris reconnaissait trois espèces de testament :
1° le testament solennel reçu devant un notaire et deux témoins;
2° le testament reçu devant un curé et trois témoins;
3° le testament olographe écrit entièrement de la main du testateur.
Par une singulière fatalité, Champlain ne pouvait remplir aucune de
ces trois conditions. Il n’y avait pas de notaire régulièrement nommé à
Québec. De plus, les Jésuites exerçaient bien le ministère paroissial à
Québec, mais aucun d’eux n’avait pris et ne pouvait prendre le titre de
curé. Quant à la troisième alternative, Champîain ne pouvait, non plus,
la choisir. Perclus des bras, Champlain avec beaucoup d’efforts pouvait
encore signer son nom, mais il était absolument incapable d’écrire un
testament entièrement de sa main, ainsi que le voulait la Coutume de
Paris.
Sur les conseils du sieur de la Ville, greffier de Québec, qui avait
quelques notions de droit, le fondateur de Québec s’avisa de suivre,
pour son testament, l’usage des pays de droit romain et d’appeler sept
témoins mâles et pubères.

C’est le sieur de la Ville qui rédigea le testament, mais il fut signé par
Champlain et les sept témoins appelés.
Par son contrat de mariage, passé à Paris le 27 décembre 1610,
Champlain donnait à sa femme, si elle lui survivait, la jouissance de
tous ses biens.
Dans son testament, soit qu’il fût affaibli par la maladie ou qu’il
présumât que sa femme ne ferait aucune opposition à ses dernières
volontés, Champlain mit de côté les clauses de son contrat de
mariage. Il légua à la chapelle de Notre-Dame de Recouvrance, qu’il
avait fondée, tout le mobilier qu’il avait à Québec, trois mille livres
placées dans les fonds de la Compagnie de la Nouvelle-France, dont il
faisait lui-même partie, en outre neuf cents livres, placées dans une
compagnie particulière, et livres, c’est-à-dire qu’il instituait Notre-
Dame de Recouvrance, sa légataire universelle. Dans le style naïf du
testament, Champlain déclarait qu’il instituait la Vierge Marie pour son
héritière.
Hélène Boullé, veuve de Champlain, ne fit aucune opposition à son
testament, et le prévôt des marchands de Paris, à qui il fut présenté
pour homologation, le confirma par sa sentence du 11 juillet 1637.
Champlain avait en France une cousine Marie Camaret, mariée à
Jacques Hersan, contrôleur des traites foraines et domaniales de La
Rochelle. Elle avait entendu parler des conditions particulières dans
lesquelles le testament du fondateur de Québec avait été fait.
S’imaginant que ce cousin d’Amérique laissait une fortune
considérable, elle se décida à attaquer son testament devant les
tribunaux. Son avocat, maître Boileau invoqua surtout deux raisons. Il
prétendit que le testament n’étant pas conforme au contrat de
mariage devait, de ce seul chef, être annulé. II ajouta que le testament
avait été fabriqué, à cause de l’esprit de piété qu’il respirait,
Champlain y déclarant qu’il instituait la Vierge Marie pour son
héritière.
Le procureur général Bignon réfuta cette dernière allégation.
Après avoir fait remarquer à la cour que madame de Champlain avait
reconnu elle-même que le testament était signé de la propre main de

son mari, il démontra que le style de cette pièce n’avait rien qui ne
convînt à un acte de dernières volontés ni à la personne du défunt,
que l’on sait, ajouta-t-il,  » avoir été accoutumé à se servir de paroles
bien chrétiennes pour avoir voulu sur ce sujet, témoigner par exprès
des sentiments particuliers d’une âme pieuse et catholique. »
Sur le premier point cependant, le procureur général Bignon se rangea
de l’avis de l’avocat Boileau. Tout en reconnaissant l’authenticité du
testament, il demanda à ce qu’il fût déclaré nul comme contraire au
contrat de mariage.
La cour adopta les conclusions du procureur général Bignon, et annula
le testament de Champlain par son jugement du 15 mars 1639.  »

 

Source: http://www.champlain2004.org/html/10/16_f.html

Voir aussi: http://id.erudit.org/iderudit/302279ar

 

 

Mort de Champlain

« Le vingt-cinquième decembre, jour de la naissance
de notre Sauveur en terre, Monsieur de Champlain,
nostre Gouverneur, prit une nouvelle naissance au
Ciel; du moins nous pouvons dire que sa mort a esté
remplie de benedictions. Je croy que Dieu luy a fait
cette faveur en considération des biens qu’il a
procurés à la Nouvelle-France, o ù nous esperons
qu’un jour Dieu sera aimé de servy de no Francois, &
cognu & adoré de nos Sauvages; il est vray qu’il avait
vescu dans une grande justice et équité, dans une
fidelité parfaite envers son Roy, & envers Messieurs
de la Compagnie; mais à la mort, il perfectionna ses
vertus avec des sentiments de piété si grands, qu’il
nous estonna tous. Que ses yeux jettèrent des
larmes! que ses affections pour le service de Dieu
s’échaufferent! Quel amour n’avoit-il pour nos
familles d’ici! disant qu’il les falloit secourir
puissamment pur le bien du Pays, & les soulager en
tout ce qu’on pourroit en ces nouveaux
commencements, & qu’il le feroit, si Dieu lui donnoit
la santé. Il ne fut pas surpris dans le comptes qu’il
devoit rendre à Dieu; il avoit préparé de longue main
une Confession generale de toute sa vie, qu’il fit avec
une grand douleur au Pere Lalement, qu’il honorait
de son amitié; le Pere le secourut en toute sa
maladie, qui fut de deux mois et demy, ne
l’abandonnant point jusques la mort. On luy fit un
convoy fort honorable, tant de la part de Peuple, que

des Soldats, des Capitaines et des gens d’Eglise; Le
pere Lallemant y officia, & on me chargea de
l’Oraison funebre, o ù je ne manquay point de sujet.
Ceux qu’il a laissez apres luy ont occasion de se
loüer; que s’il est mort hors de France, son nom n’en
sera pas mois glorieux à la Postérité. Au sortir des
ces devoirs funebres Monsieur de Chasteau-fort, qui
commande à présent aux trois-Rivières, prit sa
charge, selon le pouvoir que luy en donnoient
Messieurs de la Compagnie, par les Lettres qui furent
ouvertes, & Leuées à l’heure mesme en presence du
Peuple assemblé en l’Eglise: ces Messieurs m’en
avoient fait le depositaire pour les produire en temps
& lieu commme ie fis. »

 

Paul Lejeune
source: Relations des Jésuites, vol. 1, Années 1611, 1626 et période
1632-1641, Québec, Augustin Côté Imprimeur, 1858. p. 56
Sépulture de Samuel de Champlain dans la chapelle Champlain
Champlain fut peut-être enterré provisoirement dans la chapelle Notre-
Dame-de- Recouvrance. En 1636, lorsque cette chapelle est convertie
en église paroissiale agrandie, le gouverneur Montmagny érige tout
près une chapelle funéraire, appelée chapelle Champlain ou chapelle
du gouverneur. On mentionne l’existence de cette chapelle en mai
1641 lors du décès de François Derré de Gand, enterré près de
Champlain.

francoisderredegand-actedeces

Source : Archives de la paroisse Notre-Dame de Québec
« Le 20e de may le lendemain de la Pentecote 1641. mourut Francois de
Re dit le Sr Gand Commissaire General au Magasin de Kebec, & ce en
la chambre, qui est soubs la Sacristie & chapelle dudit Kebec ou il avoit
passé l’hiver. Le mesme jour on chanta les vespres des trepasses pour
luy & le lendemain 21. du mesme mois apres l’office des morts & la
messe chantee solennellement il fut enterré en la chapelle de Mr de
Champlein.  » Transcription de George Gauthier-Larouche.
Source: Archives de la paroisse Notre-Dame de Québec.
Le 22 octobre 1642, fut enterré dans la chapelle de M. de Champlain le
père Charles Raimbault.

raimbault
Source: Archives de la paroisse Notre-Dame de Québec.
« M. le Gouverneur, (Montmagny), qui estimait sa vertu, désira qu’il
(père Raimbault) fût enterré près du corps de feu M. de Champlain qui
est dans un sépulchre particulier, érigé exprès pour honorer la
mémoire de ce signalé personnage, qui a tant obligé la Nouvelle-
France. »
Source : Père Vimont, Relations des Jésuites, 1643.
La chapelle funéraire de Champlain, sa localisation

 

localisationchapellechamplain

Localisation de la chapelle Champlain selon l’archéologue Carl Lavoie,
dans son rapport de 1999.
Construite par le Gouverneur de Montmagny après juin 1636, elle était
faite en bois de sapin.

incendie1640p56
Relations des  Jésuites, 1640
Incendiée en juin 1640, elle est reconstruite pour y ensevelir François
Derré de Gand et le père Charles Raimbault. On mentionne sa
localisation approximative en 1649 lorsque le Gouverneur s’attribue un
terrain (la réserve d’Ailleboust) entre la rue du Trésor et la rue du Fort
dans la haute-ville de Québec. La réserve d’Ailleboust est contre la
chapelle Champlain. Finalement, on indique la position de la chapelle
Champlain en 1661 lors de la concession au marguiller Mathieu
Huboust, Sieur des Longs Champs. Après cette date, on ne possède aucune trace de cette chapelle dans les sources historiques et archivistiques.
La chapelle Champlain et les sources historiques
Concession de la Réserve d’Ailleboust contre la chapelle Champlain

reservedailleboust1

 

Concession de Mathieu Huboust près de chapelle Champlain

 

 

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77117685/f1.item.zoomhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77117685/f1.item.zoomhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77117685/f1.item.zoomhttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b77117685/f1.item.zoom

3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Marc Blanchet dit :

    Belle synthèse Pierre .

    J'aime

  2. AGCF dit :

    Samuel Champlain natif de la Rochelle ?

    Rectificatifs

    A propos des origines de Samuel Champlain, des informations erronées
    sont diffusées sur les réseaux sociaux ces dernières années d’où la vigilance
    qui s’impose sur ces fausses informations.
    Jean-Marie Germe n’a jamais publié que Samuel Champlain était natif
    de la Rochelle. Seules les publications imprimées déposées au Dépôt
    Légal sont prises en référence par les historiens, pas ces commentaires
    sans les sources.
    Pour retrouver les articles «  Samuel Champlain était-il natif de la Rochelle ? « 
    il faut se reporter aux publications imprimées papier et non à des «  commentaires « 
    sur les réseaux sociaux aux sources invérifiables.
    Il faut préciser qu’aucun document probant n’a été trouvé à Brouage avant 1600
    sur la présence des parents à Champlain et que Champlain pourrait être, comme de
    coutume, un surnom pris à l’armée dans les années 1592-1594.
    Bulletin AGCF, ISSN 1267-7957, DL Bnf Paris (bulletins périodiques 2012-2017)
    Contact : agcf.acadie-quebec@orange.fr

    Aimé par 1 personne

  3. Boudreau dit :

    Plutôt que de s’en prendre aux « réseaux sociaux », l’auteur de cette hypothèse sur Champlain ferait mieux de préciser qu’il n’a reçu aucune formation universitaire en histoire et autre.

    A Poitiers pourquoi sur l’annuaire en ligne des associations du Grand-Poitiers les AGCF n’y figurent pas ? pas vu non plus les AGCF en octobre 2015 au Congrès national de généalogie qui s’est tenu près du Futuroscope dans la Vienne.

    J'aime

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