Plan hypothétique de Québec en 1639

Par Pierre Dubeau, Comité Champlain

 

Introduction

Il n’existe pas de carte de Québec de 1639. La première carte de Québec est celle de Jean Bourdon exécutée en 1660. Cependant, c’est en analysant la documentation qu’il est possible d’émettre une hypothèse d’un plan de Québec en 1639. Il faut remercier l’apport d’Honorius Provost à l’avancement des connaissances touchant la Censive Notre-Dame de Québec et la Réserve de Monsieur d’Ailleboust en 1649. On retrouve une excellente historiographie du développement de la Ville naissante entre 1633 et 1673 dans le rapport de Françoise Niellon. On retrouve également une historiographie du développement urbain faite par le Groupe de Recherche en histoire du Québec, en 1998. Finalement, la localisation de la chapelle Champlain serait plus précise aujourd’hui suite aux travaux de l’archéologue Carl Lavoie. Ce plan ne prétend pas être d’une précision absolue, ce n’est pas son objectif. Il s’agit ici de localiser approximativement les premières bâtisses qui ont marqué l’histoire de la ville naissante et de lancer la discussion.

 

Maison des cent-Associés

Le rapport Niellon mentionne : « Les cent-Associés avaient fait bâtir une maison sur leurs terres du cap. Celle-ci, selon M. Trudel, avait été construite pour tenir lieu, (croyons-nous) de maison seigneuriale et d’édifice administratif; elle était de pierre et comprenait une chapelle à l’étage. Le commissaire général de la Compagnie, F. Derré de Gand, y réside. Les données de ce bâtiment sont fort rares. Elles le seraient moins si l’on admettait qu’il s’agit du futur Palais de Sénéchaussée, siège de la Justice seigneuriale. Il serait logique que ce tribunal, constitué en 1651 par le Gouverneur Lauzon, ait été logé dans la maison de la Compagnie seigneuresse mais nous n’en avons pas la preuve. » ( Niellon et al. 1990, p. 7). En 1639 la maison des cent-Associés accueille les Hospitalières lors de leur arrivée au Canada (Lebel, 2003, p 4). Plus tard, les Récollets occuperont le site du Sénéchaussée.

Maison d’Hélène Desportes
Hélène Desportes, filleule d’Hélène Boullé, épouse en 1634 Guillaume Hébert. Dans son contrat de mariage devant le notaire Piraube, le 27 décembre 1639, elle déclare apporter à la communauté la « jouissance d’une maison proche de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance (Provost, 1954, p. 13). Cette donation de Samuel Champlain sera officialisée le 4 septembre 1640 dans la concession à Noel Morin pour sa femme. (Niellon et al. Document 6). Un peu plus tard, la Fabrique s’intéresse à cette bâtisse pour y loger un presbytère, mais ce projet ne se réalisera jamais (Provost, 1954, p. 14). Martin Boutet, homme de confiance de la Fabrique, veuille à son entretien et baille cette maison à Anne Gasnier le 24 septembre 1649 (Niellon et al. 1990, Document 13). Enfin, le 15 mai 1650, la Compagnie des cent-Associés concède un emplacement à Martin Boutet. Sur cet emplacement se trouvaient deux maisons, l’une en bois, autrefois la propriété de Noel Morin et Hélène Desportes et un autre en maçonnerie ayant été bâtie par Boutet en 1649 (Provost, 1954, p. 20). On peut localiser alors la maison d’Hélène Desportes approximativement coin Sainte-Anne et rue du Trésor.

Église Notre-Dame-de-Recouvrance

Elle est construite par et aux frais de la Compagnie des cent-Associés en 1633 (Le catalogue des bienfaiteurs de Notre-Dame-de-Recouvrance). Elle est d’abord une chapelle votive rappelant le retour du Canada à la France après l’occupation anglaise entre 1629 et 1632. En 1636, cette chapelle devient une église paroissiale suite à son agrandissement de moitié ou environ (Niellon, 1990, p. 6). On y aurait érigé alors la chapelle Champlain tout près (Niellon et al. 1990, Document 1). En juin 1640, cette église ainsi que la chapelle Champlain et la résidence des Jésuites sont détruits par un incendie. La maison des cent-Associés sert alors d’église paroissiale jusqu’en 1650, année de la première messe à l’église Notre-Dame-de-la-Paix.

En 1869, Charles-Honoré Laverdière prétend avoir découvert Notre-Dame-de-Recouvrance près du cœur de la basilique actuelle. L’orientation des vestiges laissent croire qu’ils seraient plutôt associés à un corridor reliant la basilique et le séminaire (Dumas, 1958, p. 42). Dumas affirme que l’église Notre-Dame-de-Recouvrance occupait le terrain occupé plus tard par le Gouverneur d’Ailleboust au sud de la rue Buade. Cette affirmation provient d’une lettre de Mme d’Ailleboust à Mgr de Laval touchant un terrain sur la Réserve d’Ailleboust où s’élevait autrefois leur résidence avant le feu de juin 1640 (Provost, 1947, p 181). La résidence des Jésuites occupait donc ce terrain et il est logique que l’église s’y trouvait également. (Dumas, 1958, p. 42). La fouille de Dumas dans l’ilot d’Ailleboust entre 1951 et 1957 laisse croire qu’il s’agirait bien de l’église Notre-Dame-de-Recouvrance étant donné la présence d’importantes traces de cendres et de carbonisation (Lavoie, 1999, p. 28).

Finalement l’église Notre-Dame-de-Recouvrance ne peut être associée à l’église Notre-Dame de la Paix selon le plan hypothétique de Pierre-Louis Morin (Gauthier, 1976, p.99). Ce plan a été considéré comme une création de l’auteur, localisant des bâtiments à titre d’hypothèse (Neillon et al., 1990, planche 10).

Résidence des Jésuites

Cette résidence aurait été érigée en 1635 pour servir de presbytère et de collège des Jésuites (Campeau, 1972, p. 69). Cette bâtisse est incendiée en juin 1640. Après l’incendie le collège trouve refuge dans la maison des cent-Associés en attendant la construction du nouveau collège (Trudel, 1963, p. 423).   En 1651, on reconstruit probablement sur ces ruines, un pensionnat pour les élèves du Collège des Jésuites. (Campeau, 1972, p. 84).  En 1661, cette bâtisse en écorce, bien que  vieillissante, sera encore utilisée par le maître de chapelle, Martin Boutet, (Provost, 1947, p. 181). Cette bâtisse occupée par Boutet est bien présente sur le plan de Bourdon de 1660. Elle a été longtemps confondue avec la chapelle Champlain (Baby-Casgrain, Myrand et Silvio Dumas).

 

Chapelle Champlain
Localisation probable de la chapelle Champlain au nord-est de la Réserve d’Ailleboust (Lavoie, 1999, Figure 5). Entre la Réserve et la chapelle, il y a un chemin qui court sud sud-est (Archives du séminaire du Québec. Fonds Faribault, no. P. 29/083A). C’est l’alignement qu’avait alors la rue du Fort avant son redressement entre 1670 et 1673.

Bibliographie

Archives du Séminaire de Québec. Collection Faribault no.P29/083B

http://www.podcastmcq.org/anq/fr/craf_fonds/craf_fonds.php?idEv=w513

Lettre de Mme d’Ailleboust à Mgr de Laval, sept 1661 concernant un terrain proche de l’église.

Archives du séminaire du Québec. Fonds Faribault, no. P. 29 /083A
Concession d’Ailleboust, février 1649

Back, Francis « « Un pionnier en 1639 » Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, n° 51, 1997, p. 51.

Barbeau, Marius, Notre-Dame-de-Recouvrance, Fides, 1946, 5p.

Bennett,Ethel M.G.  « Hélène Desportes ». Dictionnaire biographique du Canada

http://www.biographi.ca/fr/bio/desportes_helene_1E.html

Campeau, Lucien, La première mission des Jésuites en Nouvelle-France (1611-1613) et  Les commencements du Collège de Québec (1626-1670),  Montréal,  Editions Bellarmin, 1972, p. 69

Catalogue des bienfaiteurs de Notre-Dame-de-Recouvrance-de-Québec. – 5 juillet 1632-1657

Dionne, N.E. « Chapelle Notre-Dame-de-Recouvrance » in. Tombeau de Champlain, Québec, Léger Brosseau, 1880 pp. 26-35
Drapeau, Stanislas, « La question du tombeau de Champlain: notes et éclaircissements », Ottawa, Le Canada,  1880, pp 8-9

Dumas, Silvio, « Notre-Dame de Recouvrance » in La chapelle Champlain et Notre-Dame de Recouvrance, Québec, Société historique de Québec, cahier No. 10, 1958, pp. 30-47

Ferland, Jean-Baptiste Antoine, Cours d’histoire du Canada, 1861

Gaumond, Michel, « Le tombeau de Champlain : une nouvelle hypothèse de localisation », Activités archéologiques 1977-1978, Dossier no. 49, 1980, pp. 480-517

Gauthier, Raymonde, « Une carte de Jean Bourdon de 1640 », The Journal of Canadian Art History / Annales d’histoire de l’art canadien, Montréal,  vol. 3, no. 1-2 (septembre 1976), p 99-101

Gosselin, Auguste, Henri de Bernière, 1908, p. 22

Groupe de Recherche en Histoire du Québec Inc. Étude d’ensemble: Sous-secteur Hôtel de Ville – Synthèse, Québec, Ville de Québec, Centre de développement économique et urbain Design et patrimoine, 1998, 134 p.

Huot, Antonio, « Notre-Dame-de-Recouvrance » in Paquet,Louis , Madones du diocèse de Québec : Page d’histoire religieuse, écrite en collaboration à l’occasion du premier congrès marial de Québec, Québec, Comité d »organisation du Premier Congrès marial de Québec. 1929

Juchereau de Saint Ignace, Françoise , Histoire de l’Hôtel Dieu de Québec, Paris, Légier, 1751, p. 17

Laverdière, C.H., Notre-Dame-de-Recouvrance de Québec,1869, 11 pages. Microfom.

Lebel, Jean-Marie,  » Les résidences des Jésuites à Québec » Québecensia, Québec, Société Historique de Québec, déc. 2003. P. 4

LeBlant, Robert «  Le testament de Champlain » Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 17 no. 2, 1963 p. 269

Le Moine, James MacPherson « Note B : Notre-Dame-de-Recouvrance » in L’album du touriste, 1872.  Page 28

Niellon, Françoise, Pierre Nadon, Denis Faubert,  La recherche sur la sépulture de Samuel de Champlain: un examen critique, Québec, Division du Vieux-Québec et du patrimoine, 1990, 143 p. 20f. de pl., ill., cartes, 28 cm.

Provost, Honorius, « La réserve de M. d’Ailleboust à Québec », Bulletin des recherches historiques, Lévis, 1947, vol. 53, no.6, p. 181

Provost, Honorius, La censive Notre-Dame de Québec, Québec, Société historique de Québec, no. 6, 1954. 32 p., ill.

Relation de ce qui s’est passé en la Nouvelle France en l’année 1636 envoyée au R. Père provincial de la Compagnie de Jésus en la province de France / Jésuites. Lettres des missions (Amérique du Nord) Imprint: A Paris : Chez Sebastien Cramoisy …, 1637. General Note: « Avec privilège du roy. » Avec: Relation de ce qui s’est passé dans le pays des Hurons en l’anné e 1636 : envoyée à Kébec au R.P. Paul Le Jeune, supérieur de la mission de la Compagnie de Jésus, en la Nouvelle France. Cette relation est signé e: Jean de Brébeuf. Un mélange de variantes 1 & 2. Cf. McCoy 21-22.

Trudel, Marcel, Histoire de la Nouvelle-France: La compagnie des cent-Associés, 1627, 1663, Québec, Fides, 1963.

Hélène Desportes Wikipedia: https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9l%C3%A8ne_Desportes

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