François Gravé, Sieur du Pont, période 1560-1603.


Source de l’image de la page titre:

François Gravé du Pont. Extrait du film Champlain retracé, une œuvre en 3 dimensions (scénariste et réalisateur Jean-François Pouliot, site Web films.onf.ca

Introduction

La vie de François Dupont-Gravé est bien documentée. Denis Vaugeois a qualifié de formidable tandem, sa relation avec Samuel de Champlain et il publiait un texte intitulé Dupont-Gravé en contexte (1). Gilles Foucqueron, qualifiait Dupont Gravé comme étant le guide de Champlain (2). Marcel Trudel fît sa biographie dans le Dictionnaire biographique du Canada (3). On retrouve un article cependant dépassé de l’historien Benjamin Sulte (4). Finalement, le parcours de Dupont-Gravé est très souvent mentionné dans les œuvres de Champlain, récemment rééditées en 2019 par l’historien Éric Thierry.

François Dupont-Gravé est un personnage méconnu de la Nouvelle-France et ce texte se penche davantage sur les premières années de sa carrière. Il ne faut pas oublier que Dupont-Gravé a enseigné à Champlain la diplomatie, et l’art de la navigation. Il avait une très bonne connaissance des peuples vivants sur ce territoire.

Quelle est sa situation familiale? Quelle était sa personnalité? Comment a-t-il fait pour se rapprocher du roi Henri IV et de Louis XIII ? Depuis quand voyage-t-il en Amérique du Nord et dans la vallée du Saint-Laurent? Est-il responsable de l’alliance de 1600, permettant la création du poste de traite de Tadoussac ? Quel rôle joue-t-il dans la nomination de Pierre Chauvin de Tonnetuit? Ce texte tentera de répondre à ces questions.

Les familles Gravé

Trois ans après le décès de Jacques Cartier à Saint-Malo, un jeune couple maloin, Robin Gravé et son épouse Guyonne Arthur, font baptiser le 27 novembre 1560, leur garçon, François. C’est le deuxième enfant de ce couple, suivant la naissance de Françoise le 27 novembre 1559. Viendront ensuite, Julien en 1567 et Jeanne en 1569. Les parents de Robin Gravé sont Guillaume Gravé, sieur de Beauregard et Françoise Porée (5). Cette dernière était présente lors de son baptême.


Actes de baptême de François Gravé.

Source: Fichier Origine
https://www.fichierorigine.com/dossiers/241878.jpg
Source: ( Le Blant, 1967: 1 )

Guillaume Gravé, bourgeois de Saint-Malo

La famille Gravé est bien connue à Saint-Malo, de fait, le grand-père de François Dupont-Gravé, Guillaume Gravé, a bien connu Jacques Cartier car ce dernier est présent le 22 février 1535, lors d’une assemblée des notables peu avant son second voyage en mai 1535 (6).

Etienne Gravé, notaire royal et la succession de Jacques Cartier

En 1544, il est important de signaler la présence d’Etienne Gravé, notaire, probablement de la génération de Guillaume Gravé. Etienne Gravé est impliqué avec Jacques Noël, neveu de Jacques Cartier. Narcisse-Eutrope Dionne cite deux passages à ce sujet:

Jacques Odieuse, l’un des successeurs de Jacques Cartier, et Jacques Nouel se font délivrer par Estienne Gravé et Julien Le Sieu, notaires royaux à Saint-Malo, un transumpt authentique des comptes liquidés en 1544 entre Jacques Cartier et Roberval, à l’effet d’appuyer leur demande de concession de privilèges au Canada fondée sur les pertes subies par Cartier leur oncle (Dionne, 1933: 105).

Les comptes de Cartier – Le règlement des dépenses de la troisième expédition de Cartier donnèrent lieu à des démêlés avec Roberval d’abord. Tout finit cependant par s’arranger devant la Cour, comme nous l’avons vu dans le cours du récit. Le découvreur se trouvait encore, tous comptes fait, créancier du roi pour un montant de 8638 livres quatre sols et six deniers tournois. Il avait reçu trente mille tournois par l’entreprise de maître Duval, trésorier de l’épargne. C’est ce qui ressort d’une vérification des comptes de Cartier faite par Étienne Gravé, notaire à Saint-Malo, le 26 novembre 1587 (Dionne, 1933: 137).


Julien Gravé

Le frère de François Dupont-Gravé est Julien Gravé, sieur des Pré. Tout comme son frère il reçoit un nom de terre collé à son prénom. Il est également marchand en Nouvelle-France et un arrêt du 12 octobre 1613, du Conseil d’état, le condamne à payer à Pierre Dugua de Mons, la somme de 6000 livres ( Le Blant, 1967: 303).

On retrouvait en Nouvelle-France plusieurs familles Gravé qui œuvraient dans le commerce des fourrures en Nouvelle-France. On retrouve donc aussi, Etienne Gravé, sieur de Beaulieu, Jehan Gravé, sieur de Hautes-Salles et Guillaume Gravé, sieur de la Motte-Billy. Ceux-ci sont condamnés à payer une indemnité à Pierre Dugua de Mons, le 4 mars 1614. (Le Blant, 1967: 336) Cela découlerait d’une scission profonde entre Normands et Rochelais. Les premiers exploitent leur privilège d’exclusivité dans la vallée du Saint-Laurent, les seconds trafiquent en Acadie (Le Blant, 1967: xv ).

Etienne Gravé, sieur de Bouteville

Il est petit cousin de François Dupont-Gravé. Il épouse en 1608 la fille d’Etienne Goret, sieur du Tertre-Barré. Ce dernier était du voyage vers l’Acadie sur le bord du Saint-Etienne, bateau piloté de François Dupont-Gravé. Le contrat d’Etienne Goret est ratifié le 8 mars 1604 (Le Blant, 1967: 87).

Généalogie de François Dupont-Gravé

Source: https://gw.geneanet.org/


Il existe une tradition maloine de joindre un nom de terre comme patronyme. Ainsi on ajoutera le fief Le Pont au nom du jeune François. Son nom variera ainsi:
François Gravé du Pont,
François Dupont-Gravé,
François Le Pont Gravé,
François Pont-Gravé,
François Gravé, Sieur du Pont

Ce fief Le Pont est près du manoir de Limoëlou de Jacques Cartier à Rothéneuf, près de Saint-Malo.

Autographe de François Dupont-Gravé

Source: https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3105819

Sa personnalité

La meilleure description est celle de David Hackett-Fischer dans son livre Le rêve de Champlain.

Ses descendants

Le couple Dupont-Gravé et Christine Martin demeurait rue de la Grande-rue dans la paroisse Saint-Etienne de Honfleur. Plus tard, il nommera l’un de ses navires le Saint-Etienne en mémoire de sa paroisse. Le couple aura deux enfants, Robert et sa sœur Jeanne Gravé. Robert effectuera plusieurs voyages au Canada (7). Quant à sa sœur, elle épousera Claude de Godet des Maretz (8). Ce dernier n’hésitera pas à s’embarquer sur des navires de commerce qui faisaient escale à Tadoussac (Bréard, 1889: 95).

La république de Saint-Malo et Henri IV.

En 1589, lors de l’accession au trône d’Henri IV, la ville de Saint-Malo se refuse de prendre parti pour la ligue tout en refusant de voir un protestant, Henri de Navarre, s’asseoir sur le trône de France. Entre 1590 et 1594, Saint-Malo est une véritable république indépendante (Kernalegenn, 1976). Le cousin de François Dupont-Gravé, Thomas Gravé (9) est impliqué en 1594, en vue de discuter du retour de la ville de Saint-Malo sous l’autorité du roi Henri IV. Il existe une lettre du Maréchal d’Aumont à Henri IV, le priant d’envoyer un homme de confiance à Saint-Malo pour raffermir les bonnes dispositions de Thomas Gravé et des maloins. (Le Blant, 1967: 8). Cette lettre du 3 juillet 1594 mentionne:

« Mays si reconnoit-on que la plus grande et sayne partye inclinent à la reoconnoissance de Votre Majesté, mesme par le moyen d’un homme de creance et fort vostre serviteur, Sire, qui y est nommé le sieur Thomas Gravé en quoy j’ay pris la peyne qu’il m’a esté possible de le confirmer et à le pousser à vous y faire un bon service, en sorte qu’il m’a escrit la lettre que je vous envoye… »

Carrière maritime

Gilles Foucqueron constate que nous sommes dans l’ignorance des premières années de la vie de Dupont-Gravé. Toutefois, un texte de 1613 ainsi que les récits de Champlain nous indiquent le contraire. Foucqueron souligne qu’on ne peut affirmer quand a débuté sa carrière maritime. Il est fort plausible qu’il voyagea dès son jeune âge. A partir des années 1570, on assiste à un commerce intense de la morue, des fourrures dans l’estuaire du Saint-Laurent. Il est certainement très actif et connait vraisemblablement, Jacques Noel et Etienne Chaton.

Ces derniers ont reçu le monopole de la traite de fourrures et des pêches en janvier 1588. Jacques Noel est « impliqué dans le commerce de la richesse tapie dans les forêts et les rivières du Canada » (Foucqueron, 2008: 166).

Les observations des explorateurs, dont peut-être Dupont-Gravé, aidés par des interprètes amérindiens, sont des sources intéressantes pour le grand cartographe de l’époque André Thevet, dont voici la carte de 1581. A noter que Thevet ne vint jamais lui-même au Canada.

Carte d’André Thevet et du graveur Guillaume Chaudière de 1581, sans doute consultée par Champlain lorsqu’il était à la Cour du roi entre 1601 et 1603.

Source de la carte: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8469653q/f1.item.zoom


Le Dictionnaire biographique du Canada mentionne:

« Il est évident que Thevet a causé avec des explorateurs; qu’il a été reçu par Jacques Cartier à Saint-Malo; qu’il a cité ce dernier en qualité de source verbale de divers passages de ses écrits ; qu’il a dû également questionner les Indiens que Cartier avait ramenés en France et peut-être des pêcheurs rentrant du golfe Saint-Laurent. »

Source: http://www.biographi.ca/fr/bio/thevet_andre_1E.html

Éric Thierry mentionne que Dupont-Gravé s’est aventuré très loin sur le fleuve Saint-Laurent, jusqu’au lac Saint-Pierre dès 1578, il avait alors 18 ans (Thierry, 2008: 64). Cette information importante nous provient d’une requête (factum) des marchands de Saint-Malo contre Champlain, datée de janvier 1613. On y indique:

« Après luy plusieurs Normands, Biscains, Bretons, et entre autres les sieurs du Pontgravé et Prévert, dudit Saint-Malo, Fabien de Mescoroua lesquelz, trente-cinq ans ou environ, ont trafficqué dans ledit lac et au-dessus avecques lesdits Sauvages, et y a environ de dix à douze ans seullement (1603) que ledit Champlain fut comme passager mené au premier sault par ledit sieur du Pont-Gravé… » (Le Blant, 1967: 245)

Donc on peut affirmer que Dupont-Gravé a séjourné dès 1578 (1613-35) dans la vallée du Saint-Laurent. En 1603, c’est bien Dupont-Gravé qui invite Champlain à visiter le Grand Sault.

Dans ses écrits de 1632, Champlain mentionne également la longue expérience de Dupont-Gravé, lorsqu’il accepte en 1599, d’accompagner Pierre Chauvin de Tonnetuit en tant que son lieutenant. Il mentionne:

« … sieur du Pont-Gravé, de Saint-Malo (fort entendu aux voyages en mer, pour en avoir fait plusieurs) accompagnés d’autres vaisseaux, jusqu’à Tadoussac, quatre-vingt-dix lieues en amont de la rivière, lieu où ils faisaient trafic de pelleteries et de castors, avec les Sauvages du pays qui s’y rendaient tous les printemps. » (Thierry: 2019: 672)


La famille Gravé et la ville de Vitré en Bretagne

Dupont-Gravé était apparenté à tous les notables de Saint-Malo et de Vitré. Il est fort probable que des membres de la famille Gravé demeuraient dans la région de Vitré jusqu’en 1660, dont Jacques Gravé et Magdeleine-Thérèse Gravé (10). La ville de Vitré était fortement liée à Saint-Malo pour le commerce des toiles vitréennes.

L’auteur Gwénolé Le Goué-Sinquin explique bien le rôle de Saint-Malo dans le commerce des toiles vitréennes:

« Bien placé sur les routes maritimes entre nord, ouest et sud de l’Europe, Saint-Malo est avec Nantes un complexe portuaire des plus proches, des plus polyvalents, avec lequel les Vitréens entretiennent des relations déjà anciennes. Les Malouins sont essentiellement des intermédiaires dans le domaine du transport pour les Vitréens qui, prompts à financer des projets ambitieux pour trouver de nouveaux débouchés … » ( Le Goué-Sinquin, 2008: 52)

L’auteur signale également cette précision:

« Les registres paroissiaux de Saint-Malo recèlent divers actes de baptême où l’on retrouve nombre de marchands vitréens, notamment en 1592-1593 : Guillaume de Gennes de la Grange, Robert Ringues, Floridas Le Moyne, de nombreux représentants des familles Burel, Du Verger, Le Clavier, Thomin. » (Le Goué-Sinquin, 2008: 60)

On sait qu’Antoine de Champlain séjournait souvent à Saint-Malo pour le transport des toiles de Vitré vers l’Espagne. On peut ainsi présumer que Dupont-Gravé connaissait personnellement Antoine de Champlain, mais il n’existe aucune source écrite pour appuyer cette hypothèse.

François Gravé, lieutenant de Pierre de Chauvin de Tonnetuit

Dupont-Gravé est sans doute à l’origine de la décision prise par Henri IV, le 22 novembre 1599, de nommer Pierre Chauvin lieutenant général en Nouvelle-France (Thierry: 2019: 672). Dans ses écrits, Champlain mentionne:

« Ledit Du Pont-Gravé, désireux de trouver moyen de rendre le trafic particulier, va à la Cour rechercher quelqu’un d’autorité et de pouvoir éminent auprès du roi, pour obtenir une commission portant que le trafic de cette rivière serait interdit à toute personne, sans la permission et le consentement de celui qui serait pourvu de ladite commission, à la charge qu’ils habiteraient le pays et y feraient une demeure ».


Dupont-Gravé organise donc une rencontre avec Henri IV et ce dernier est sensible à ses propos d’autant que son cousin Thomas Gravé a joué un rôle important dans la soumission de Saint-Malo à son pouvoir en 1594. (Thierry, 2008: 66). Champlain lui-même mentionne le rôle de Dupont-Gravé, lorsqu’il invite Chauvin à faire lui-même le voyage en Nouvelle-France. Champlain nous parle de Chauvin en ces termes:

« … entreprit ce voyage (de 1599) sous la commission de Sa dite majesté, à la sollicitation du sieur du Pont-Gravé, de Saint-Malo… » (Thierry, 2019: 72)

En 1599, Pierre Chauvin de Tonnetuit (11) et Troilus de Mesguez se disputent le titre de lieutenant général de la Nouvelle-France. Ce dernier reproche à Dupont-Gravé son rôle décisif dans l’attribution de ce monopole à Chauvin. C’est pourquoi Pont-Gravé devient indésirable, ayant trahi ceux qui font le commerce à Saint-Malo. Cette situation expliquerait son changement de domicile de Saint-Malo vers Honfleur (Foucqueron, 2008: 170). Son déménagement vers Honfleur serait surtout provoqué par son soutien indéfectible à Pierre Chauvin de Tonnetuit. Chauvin, originaire de Dieppe, demeurait à Saint-Malo depuis 1589 comme soldat, et comme marchand à partir de 1596.

Poste de Tadoussac et l’alliance de 1600

L’historiographie a souvent mentionné l’alliance de 1603 permettant l’établissement des français en Nouvelle-France en échange d’un engagement des français à combattre les iroquois, leurs ennemis. Il demeure que cette alliance aurait débuté dès 1600. La création d’un poste de traite est perçue par les Montagnais comme le début d’une véritable alliance avec les sujets du roi de France Henri IV (Thierry: 2008: 71). Tadoussac n’était pas le choix préféré de François Gravé. De fait, la région de Trois-Rivières (12) a failli être choisi comme lieu de colonisation en 1600. Son second choix était une pointe à proximité de l’île d’Orléans (Vaugeois, 2008a). Pierre Dugua de Mons et François Gravé détestaient Tadoussac. Le patron d’alors, Pierre Chauvin de Tonnetuit a tranché pour Tadoussac car il privilégiait davantage le commerce que la colonisation. Dans son récit de voyage de 1632, Samuel de Champlain écrivait:

« Or, comme ledit sieur Chauvin voulait y bâtir (à Tadoussac), et y laisser des hommes, et le couvrir contre la rigueur des froidures extrêmes, ayant su de Pont-Gravé que son opinion n’était pas que l’on y dût bâtir, celui-ci remontra audit sieur Chauvin plusieurs fois qu’il fallait aller en amont dudit fleuve où le lieu plus commode à habiter, ayant été en un autre voyage jusqu’à Trois-Rivières, pour trouver les Sauvages afin de traiter avec eux. » (Thierry, 2019: p. 673)

Lors d’un voyage en 1602, Dupont-Gravé amène en France deux amérindiens en vue d’une rencontre avec le roi Henri IV. L’alliance sera donc renforcée et finalisée en 1603 à la Pointe Saint-Mathieu. Le grand responsable de cette rencontre diplomatique est certainement Dupont-Gravé. Le rôle de Champlain, beaucoup plus jeune, (13) était de faire rapport au roi de cette rencontre. Ce récit sera son ouvrage intitulé « Des Sauvages ».

Un petit amérindien à la cour d’Henri IV.

François Gravé est intéressé à ramener en France des autochtones du nouveau monde afin de faciliter les relations diplomatiques par la formation d’interprètes, utiles lors de nouvelles expéditions (Thierry, 2013:30). Dans ses récits de voyage de 1632, Champlain explique:

« Avant de partir de Tadoussac pour nous en retourner en France, un des sagamos des Montagnais, nommé Bechourat, donna son fils au sieur du Pont, pour l’amener en France, et lui fut fort recommandé par le grand sagamos Anadabijou, le priant de bien le traiter et de lui faire voir ce que les autres deux sauvages que nous avions ramenés avaient vu. » (Thierry, 2019: 212)

L’idée du roi Henri IV selon Éric Thierry est celle-ci:

« En  permettant à  l’enfant de Bechourat  de grandir aux côtés des siens,  Henri IV ne  fait que se conformer à la tradition féodale. Il est bon que le fils d’un vassal soit élevé dans le proche entourage du suzerain de son père. L’affection ne peut que renforcer la fidélité. Henri IV  tient à établir des relations de cette nature avec les princes amérindiens. » ( Thierry, Henri IV et les débuts de la Nouvelle France )


Éric Thierry explique ce qui est advenu du petit amérindien:

« A Paris, en octobre 1603, François Gravé présente à Henri IV un jeune amérindien qui lui a été confié par son père, le chef montagnais Bechourat. Le roi traite l’enfant comme le sien et l’envoie rejoindre sa progéniture au château de Saint-Germain-en-Laye. L’existence de « Petit Canada » au contact des princes et princesses sera malheureusement brève: baptisé le 9 mai 1604, il aura comme parrain et marraine, deux des enfants d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées, Alexandre et Catherine-Henriette, mais il tombera vite malade et, malgré les sollicitudes du futur Louis XIII qui lui fera partager ses repas, il mourra le 18 juin suivant, laissant au dauphin un vif souvenir. » (Thierry 2014: 24)

Conclusion

François Dupont-Gravé peut être considéré sans hésitation comme l’un des fondateurs de la Nouvelle-France. Il est le premier à avoir établi des relations diplomatiques permettant dès 1600 à créer un poste de traite à Tadoussac. Il privilégie également la colonisation et son choix aurait été davantage la région de Trois-Rivières, région qu’il connaît depuis la fin des années 1570. Sa famille est bien en vue à la Cour d’Henri IV et il propose au roi de nommer Pierre de Chauvin de Tonnetuit, lieutenant général de la Nouvelle-France. Il est persuadé que le renforcement des alliances franco-amérindiennes passe par la formation d’interprètes. Ceux-ci sont indispensables à la connaissance cartographique du territoire afin de trouver un possible chemin menant vers la Chine. François Dupont-Gravé présente au roi Henri IV, deux amérindiens qui renforceront l’alliance en 1603. Cette alliance est fondatrice pour le développement d’une véritable colonie française en Amérique du nord.

Je terminerai en citant un texte du chanoine Descottes, historien maloin dont le chauvinisme transpire quelque peu:

« Pendant près d’un siècle, de 1541 à 1620 alors que les gouvernements qui succèdent à celui de François 1er semble se désintéresser de la Nouvelle-France, ce sont les Maloins, avec les neveux de Jacques Cartier et Dupont-Gravé, et eux seuls, qui conservent à la France cette magnifique colonie. Chez nous, comme au Canada, on a trop oublié le rôle magnifique et le courage de ces glorieux pionniers. Et combien, même parmi ceux qui devraient vénérer et bénir le nom du Dupont-Gravé, ignorent tout ce dont ils lui sont redevables. N’est-ce pas lui, en effet, qui, longtemps avant l’arrivée de Champlain, a posé les bases de Québec, et bien avant Joliette, celle de Trois-Rivières, et de ses mains n’a-t-il pas construit enfin les premières habitations de Québec et de Tadoussac! » (Descottes, 1948: 111)

Pierre Dubeau 13 novembre 2020

Notes

(1) Vaugeois, Denis. 2008. Un formidable tandem : Champlain et Dupont-Gravé. Cap-aux-Diamants, (92), 10–15.
En ligne: https://www.erudit.org/fr/revues/cd/2008-n92-cd1045684/7140ac.pdf

VAUGEOIS, Denis. 2008. Champlain et Dupont Gravé en contexte
Texte de la communication présentée par Denis Vaugeois lors du 133e congrès du Comtié des travaux historiques et scientifiques (CTHS) à Québec le 2 juin 2008.
En ligne: https://blogue.septentrion.qc.ca/2008/08/champlain-et-dupont-grave-en-contexte/

(2) Foucqueron, Gilles. 2008. Dupont-Gravé, guide de Champlain. In Annales de la Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo. Société d’histoire et d’archéologie de l’arrondissement de Saint-Malo, pp. 163-184

(3) Dictionnaire biographique du Canada. http://www.biographi.ca/fr/bio/grave_du_pont_francois_1F.html

(4) SULTE, Benjamin. 1976. Dupont-Gravé, in Mélanges d’histoire et de littérature, Ottawa, Éditions Joseph Bureau, pp. 31-97
En Ligne :  https://books.google.ca/books?id=a1D6ibDKgi8C&printsec=frontcover&dq=M%C3%A9langes+d%27histoire+et+de+litt%C3%A9rature+1876&hl=en&sa=X&ved=2ahUKEwj22Yyu6bnqAhWmnOAKHS0KDvUQ6AEwAHoECAQQAg#v=onepage&q=M%C3%A9langes%20d’histoire%20et%20de%20litt%C3%A9rature%201876&f=false

(5) Françoise Porée avait un neveu, Jean Porée qui avait épousé Bertranne Chaton, nièce de Perrine Chaton, une proche de l’épouse de Jacques Cartier (Foucqueron, 2008: 166).

(6) Cette réunion des bourgeois de Saint-Malo vise à s’occuper d’une collision survenue entre les gens du procureur des bourgeois et les « gentilshommes » de la garnison chargés de réquisitionner les charrettes pour les travaux faits d’ordre du roi au Sillon(Frédéric Joüon des Longrais, 1888: 20).

(7) C’est à Banda Aceh, en Indonésie, qu’est décédé, le 9 novembre 1621, Robert Gravé, compagnon de Champlain en Acadie en 1606 et 1607. Augustin de Beaulieu raconte ainsi sa mort: « Le mardi 9, deux heures avant le jour est décédé Monsieur Gravé, capitaine du navire l’Espérance. Il était atteint d’une véhémente fièvre, causée de fâcherie, et a été enterré à Aceh » (Augustin de Beaulieu, Mémoires d’un voyage aux Indes Orientales, éd. Denys Lombard, Paris, École française d’Extrême-Orient/Maisonneuve & Larose, 1996, p. 180).

(8) Bon catholique, il est membre du la confrérie du Saint-Sacrement de l’église de Saint-Etienne ( Delesques, 1912: 328).

Le Dictionnaire biographique du Canada mentionne: « De Jeanne Gravé Du Pont, qu’il avait épousée alors qu’il était officier d’infanterie, il eut deux enfants : Christine et François. Ce dernier, né vers 1616, suivit son grand-père, Gravé Du Pont, au Canada, en 1627, et y demeura jusqu’à la prise de Québec par les Kirke. Il épousa, en 1645, Marie de La Marck, eut un fils, Paul, futur évêque de Chartres, et mourut le 2 juillet 1652. »

Paul de Godet de Maretz fut le confesseur de Madame de Maintenon (Bréard, 1889: 97).

(9) Thomas Gravé serait peut-être le frère de François Dupont-Gravé (F. Jouon des Longrais, 1886: 230). En 1588, il se dit bon catholique et acheta le navire le Saint-Pierre dont il était le capitaine. En 1589 « il fit un voyage à Gibraltar suite à un procès qu’il a eu à Carthagène pour avoir été accusé d’être Angloys et piratte » (F. Jouon des Longrais, 1886: 399). Le 7 juillet 1590, c’est lui qui est allé à Civitavecchia, ramener l’évêque de Saint-Malo, Charles de Bourgneuff. Ce dernier affirme ne peut prêter serment au roi de Navarre tant qu’il ne se soit pas converti au catholicisme. (Jouon des Longrais, 1866: 228-229)


(10) La chapelle de Saint-Laurent-du-Rouvre en Saint-Pierre-de-Plesguen, fût bâtie en 1660, par Jacques Gravé, Sieur de Launay et du Rouvre, mari de Bernardine Seré. De plus Jacques-André Le Clavier et Magdeleine-Thérèse Gravé, sa femme, construisirent à leurs frais la maison d’école et de charité de Miniac (Frain, 1890-1898: 128).

(11) Pierre Chauvin de Tonnetuit et Pierre Dugua de Mons ont travaillé sous les ordres d’Aymar de Chaste. Chauvin est aux Açores en 1583 et à Honfleur pour combattre la Ligue entre 1589 et 1596 avec Pierre Dugua de Mons. Ces hommes fidèles à Henri IV seront récompensés après le traité de Vervins, le 2 mai 1598. Pour ses ambitions nord-américaines, Henri IV leur attribuera la lieutenance de la Nouvelle-France.

(12) Dans ses mémoires, Champlain nommait l’actuelle rivière Saint-Maurice, le nom de rivière de « Fouez ». Plus tard ce sont Champlain et Dupont-Gravé, 1603 et 1609, que le site de notre future ville intéresse. Dupont- Gravé, ignorant le nom de Fouez donné par Cartier, rebaptise notre rivière du nom de Rivière des Trois- Rivières, appellation sous laquelle elle sera désignée dans les si précieuses Relations des Jésuites (Sylvain, 1965: 12).

(13) Champlain est beaucoup plus jeune que Dupont-Gravé, né en 1560. Champlain mentionne dans ses écrits de 1632, « … le sieur du Pont, j’étais son ami, et que son âge me le ferait respecter comme mon père… » (Thierry, 2019: 871). Cet écart d’âge fait en sorte que Champlain serait né vers 1580 et non 1567 ou 1570 trop souvent mentionné.


Bibliographie

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BRÉARD, Charles. 1897. Le vieux Honfleur et ses marins, biographies et récits militaires, Rouen, Imprimerie Cagniard, pp. 97-100
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FRAIN, Édouard. 1890-1898. Tableaux généalogiques, notices et documents inédits au soutien du Mémoire où il est fait mention de plusieurs familles établies à Vitré et paroisses environnantes aux XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles 9 fasc. ; in-4 p. 113
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